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Chronique de Khunkrudar Objet


Tablette de mémoire du clan de la Veine Brillante

Traduction partielle depuis le khazalid ancien

« Nous écrivons non pour les vivants, mais pour la pierre qui demeure quand les voix se sont tues.

Car le monde a déjà failli se briser une fois, et nul peuple n’en est sorti indemne.

Bien avant l’exil, bien avant la Dent de Pierre, lorsque nos pères forgeaient encore à ciel ouvert et que les royaumes des hommes se croyaient éternels, les Portes furent ouvertes.

Ce ne fut pas une guerre de frontières, ni une querelle de couronnes.

Ce fut une irruption.

Le feu qui ne réchauffe pas, la chair qui se souvient de n’avoir jamais été vivante, et des voix qui promettaient la survie à ceux qui accepteraient de ne plus mourir.

Les démons foulèrent la pierre du monde, et même les montagnes frémirent.

Alors les peuples apprirent dans la douleur que certaines puissances ne se vainquent pas, mais se supportent ou se scellent.

Les elfes confièrent leur espoir à la Lune. Les hommes, à leurs rois.

Les nains, eux, écoutèrent la pierre.

De ces âges anciens nous vient un savoir gravé trop profond pour être oublié :

qu’il existe des cœurs qui ne sont plus de chair, mais qui battent encore, non pour donner la vie, mais pour refuser la fin.

Nous n’avons pas forgé ce Cœur. Nous ne l’avons pas porté.

Mais la roche se souvient de son passage.

Là où il fut brandi, les veines du monde se sont tendues. Là où il dormit, la pierre a pris goût au feu froid.

C’est pourquoi nos anciens enseignèrent que tout grand ouvrage doit d’abord écouter avant de façonner.

Car ce qui bat dans l’ombre ne cherche pas toujours des mains, parfois il cherche seulement à être trouvé.

Quand Khudrihr, fils de Dolgar, mena les siens loin des cavernes perdues, il n’ignorait rien de ces récits.

Il ne les avait pas vécus, mais il les portait comme on porte une fracture ancienne : invisible, mais jamais guérie.

Sous la Dent de Pierre, il choisit une roche dense, sourde aux cris du monde, et y creusa Khunkrudar, non pour défier les rois, mais pour s’en tenir à distance.

Que nul ne croie pourtant que Khunkrudar ne fut qu’un refuge de craintes et de silences.

Car la Forge de Khudrihr regorgeait de richesses telles que peu de royaumes auraient osé les compter.

Dans ses salles dormaient des filons d’argent vierge, extraits sans lumière du jour, des lingots marqués du sceau du clan, et des métaux rares que seuls les marteaux nains savent plier sans les briser.

On y conservait des armes runiques destinées aux guerres justes, des lames inachevées dont la trempe n’attendait qu’un nom digne d’être gravé, et des ouvrages de forge dont le secret ne se transmet que par le feu et le temps.

Des coffres scellés abritaient gemmes profondes, pierres de mémoire, et outils façonnés pour durer plus longtemps que les dynasties des hommes.

Mais la plus grande richesse de Khunkrudar ne fut ni l’or, ni l’acier, ni même les runes anciennes : ce fut le savoir de reconnaître ce qui mérite d’être forgé… et ce qui doit rester enfoui.

Il forgea des lames pour la guerre des vivants, mais refusa toujours de donner forme à ce qui relevait des survivances impies.

“La Lune peut sceller,” disait-il, “mais la pierre doit se souvenir.”

Ainsi certains ouvrages de la Forge ne servent ni à trancher ni à briser, mais à reconnaître.

Ils ne pointent pas du doigt. Ils ne nomment pas. Ils vibrent.

Et lorsque la vibration se fait lourde, lorsque la chaleur monte sans feu, lorsque la pierre semble hésiter entre silence et cri, alors il faut s’arrêter.

Car ce qui répond ainsi n’attend pas d’être forgé, mais d’être revendiqué.

Si Khunkrudar devait tomber, si la Veine Brillante était profanée et nos noms dispersés comme la poussière de forge, que celui qui lit ces lignes se souvienne :

tout battement n’est pas signe de vie, et certains cœurs ne doivent jamais retrouver de poitrine.

Que la pierre vous avertisse avant que le monde ne recommence à saigner. »